Un double attentat à la voiture piégée contre des bâtiments officiels en plein coeur de Bagdad a fait dimanche au moins 99 morts et 712 blessés, une attaque que
le gouvernement a imputée à Al-Qaïda et "ses alliés" pour torpiller les élections prévues en janvier.
Il s'agit de l'attaque la plus meurtrière dans la capitale irakienne depuis avril 2007, où 140 personnes avaient trouvé la mort sur un marché, et de la plus
sanglante dans le pays depuis août 2007, lorsque quatre attentats visant une secte religieuse kurde dans la province de Ninive (nord) avaient fait 400 morts.
Le premier attentat a visé vers 10H30 (07H30 GMT) le ministère de la Justice et celui des Municipalités et des Travaux publics qui se font face dans la rue de
Haïfa.
Dix minutes plus tard, une seconde explosion s'est produite devant le siège du gouvernorat de Bagdad, dans le même secteur.
"Les crimes du Baas et d'Al-Qaïda ne réussiront pas à bloquer le processus politique et la tenue des élections. C'est la même main maculée de sang qui commis les
attentats du 19 août et nous punirons les ennemis de l'Irak", a affirmé dans un communiqué le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, qui s'est rendu sur les lieux des attentats.
L'Irak avait accusé la Syrie d'abriter les commanditaires du double attentat du 19 août qui visait deux ministères à Bagdad et avait fait 95 morts, provoquant une
crise diplomatique avec Damas.
La Syrie, qui avait nié abriter les commanditaires, a condamné dimanche dans un communiqué l'attentat, parlant d'"actes criminels".
L'ambassadeur des Etats-Unis Christopher Hill et le chef des forces américaine en Irak Ray Odierno ont condamné l'attentat et appelé "les Irakiens, dans ce moment
crucial menant aux élections nationales, à travailler ensemble pour combattre toutes les formes de violence et les intimidations".
"Nous avons recensé 99 morts et 712 blessés et nous avons ramassé des membres qui pourraient correspondre à six corps", a affirmé à l'AFP un haut responsable du
ministère de la Santé.
Peu après les explosions, des corps gisaient dans la rue ensanglantée devant les ministères. Des dizaines de voitures brûlaient et les secouristes essayaient
d'extraire des passagers totalement calcinés.
La fureur des habitants s'est dirigée contre les autorités.
Mohammad Radi, un employé du ministère de la Justice qui était à la recherche de sa soeur, s'en est pris aux policiers.
"Leurs appareils ne détectent pas les explosifs mais seulement les parfums de femmes. Ils passent leur temps à bavarder entre eux ou sont pendus à leur téléphone
au lieu de contrôler les voitures", a-t-il dit à l'AFP.
Les attentats ont permis paradoxalement de sauver une personne, selon un policier sur place. Il a raconté à l'AFP qu'un homme venait d'être kidnappé et avait été
mis dans le coffre d'une voiture quand ont eu lieu les explosions. Il a ainsi été libéré par les forces de l'ordre alors que deux des ravisseurs ont été tués et le chauffeur du véhicule
blessé.
A l'hôpital al-Karama, des dizaines de personnes se pressaient pour consulter la liste des victimes. "Où est Kazem, où est mon mari? Les voisins m'avaient dit
qu'il était ici mais je ne le trouve pas", se lamentait Oum Ahmad, 45 ans.
Le chef de l'armée de terre irakienne avait mis en garde samedi contre le risque d'un regain de violences dans les neuf prochains mois en raison de la tenue
d'élections générales.
Dans un entretien à l'AFP, le général Ali Gheidan, s'est également dit préoccupé par les répercussions d'un éventuel report de ce scrutin prévu en janvier.
Les dirigeants irakiens devaient se réunir dimanche pour tenter de se mettre d'accord sur une nouvelle loi électorale permettant la tenue du scrutin le 16
janvier.
Le Parlement a échoué mercredi à trouver un accord sur ce texte, en raison de l'âpre bataille entre Arabes et Kurdes pour le contrôle de la région pétrolière de
Kirkouk (nord).